Voiture de fonction et fidélisation des talents : des arbitrages complexes…

La part de millenials augmente peu à peu dans les effectifs des entreprises. La voiture de fonction en tant qu’avantage en nature est-elle toujours déterminante pour attirer et retenir les talents… de toutes les générations ? Explications avec Robert Maubé, directeur général de RRMC.

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Robert Maubé, Directeur Général de RRMC

On cherche souvent à la ringardiser. Elle est coûteuse, parfois bruyante et peut finalement rester plus souvent stationnée sur le parking qu’utilisée pour se déplacer. Mais derrière les images d’Épinal, il y a les faits. Selon une étude intitulée La voiture dans la vie et le cœur des automobilistes de 17 à 77 ans, réalisée par le Club Identicar, si la voiture est vue comme pratique (29%), source d’autonomie (23%) ou encore d’évasion et de plaisir (8 %) par les répondants, elle reste tout simplement indispensable pour 39 % d’entre eux. Seul 1 % des répondants l’associe à du stress et à des contraintes. En résumé, la voiture a toujours la cote ! Pour Robert Maubé, directeur général de RRMC (cabinet conseil en gestion de flotte), la mise à disposition d’une voiture reste un levier RH efficace. « N’en déplaise aux adeptes du car-bashing, le véhicule de fonction demeure un outil d’attractivité pour le recrutement de talents, mais aussi un levier de fidélisation pour les collaborateurs en poste ».

Voiture de fonction, entre respect des codes sociaux et verdissement des flottes

Depuis des décennies, proposer une voiture de fonction a d’abord été un moyen pour les entreprises de faciliter la mobilité des collaborateurs, mais aussi de les récompenser de leurs efforts et de leur implication.

« L’âge moyen pour acquérir un premier véhicule neuf s’établit à 56 ans en France, précise Robert Maubé. Le fait de proposer aux collaborateurs une auto neuve, régulièrement entretenue, et renouvelée est forcément un avantage apprécié.

Cela constitue également un complément de revenu non négligeable. Mais le véhicule de fonction est aussi le reflet d’une position, hiérarchique à l’intérieur de l’entreprise, et sociale à l’extérieur de celle-ci, vis-à-vis des proches et des voisins». Des codes sociaux qui restent très prégnants dans toutes les couches de la société. Si des constantes demeurent, les défis se multiplient pour le gestionnaire de flotte.

« Sous l’effet de la transition énergétique, note Robert Maubé, le TCO de la flotte augmente naturellement car les véhicules “propres” coûtent plus chers. Si l’entreprise souhaite en outre utiliser la voiture de fonction comme un levier RH, cela implique de proposer toujours plus de choix, de personnalisation… Une réalité qui peut induire au global une augmentation de 20 à 30% du TCO ».

Proposer aux collaborateurs de choisir entre différentes motorisations, des équipements spécifiques, un plus large choix de modèles intégrés, des couleurs, des finitions alternatives, c’est inscrire la voiture de fonction dans une dimension de “gratification”. Un axe RH porteur, mais qui entame les efforts du gestionnaire de flotte soucieux de standardisation afin de maîtriser le TCO…

Crédit mobilité : un concept hybride

On ne peut pourtant pas nier que les mentalités évoluent. Les trentenaires, très urbains, sont moins sensibles à la possession ou à la mise à disposition d’un véhicule.

« Mais cette population reste encore très marginale et le tissu économique français ne se limite pas aux grandes métropoles ».

Un constat confirmé par l’étude du Club Identicar qui rappelle que la voiture s’avère plus indispensable en province (40 %) qu’en Île-de-France (30 %). Une équation complexe à résoudre. Parmi les réponses à envisager : le crédit mobilité.

« Pour les profils non nomades, lorsque la voiture n’est pas absolument indispensable, le Crédit mobilité permet au collaborateur de conserver le bénéfice de l’avantage en nature en le convertissant en crédit de location courte durée, de voyages en train ou encore d’un abonnement à un service de VTC ».

Tout l’enjeu pour le gestionnaire de flotte, c’est de disposer d’une bonne compréhension des attentes des collaborateurs et du profil des talents que l’entreprise cherche à attirer. « Alors que le télétravail se généralise, que les équipes sont toujours plus nomades, le PC, le smartphone et la voiture de fonction, sont souvent les derniers liens matériels qui rattachent le collaborateur à son entreprise. Cela résume l’importance de l’enjeu », conclut Robert Maubé.