Valeurs résiduelles : « Le coteur doit refléter le marché et non l’influencer »

Leader européen de la data automobile, Autovista est un service particulièrement prisé d’une cible BtoB. Dans un contexte de crise sanitaire où les cartes des valeurs résiduelles semblent rebattues, Yoann Taitz, Directeur des opérations pour Autovista partage sa lecture des tendances.

Vous revendiquez un positionnement très différent de vos concurrents et homologues. Quelle méthode spécifique avez-vous développée pour le calcul des valeurs résiduelles ?

Précisons en premier lieu que la notion de valeur résiduelle dans nos systèmes de calcul s’entend hors options et au niveau national. Toutefois, nous pouvons également calculer la dépréciation de ces options. Nous observons avec précision le marché du véhicule d’occasion sur internet à travers des annonces issues de sites clés pour l’automobile d’occasion telles que LaCentrale, Ouest-France ou encore leboncoin. Toutes ces données d’observations du marché VO (véhicule d’occasion) nous permettent ensuite, grâce à notre algorithme, de comparer ces indicateurs du marché avec les données présentes dans notre système. Tous les mois, nous pondérons ainsi nos analyses avec environ 500 000 annonces de professionnels. L’algorithme que nous avons mis au point compare l’âge des véhicules, les finitions, les motorisations, le type de transmission. Autant de paramètres qui permettent de calculer très finement les valeurs résiduelles. Nous travaillons à lisser nos calculs en gommant le plus possible les effets conjoncturels du marché, sauf si ces derniers perdurent pour des raisons structurelles. Ces ajustements sont effectués manuellement, par nos experts. Ce travail sur les valeurs d’occasion nous permet de définir avec une plus grande précision la valeur future des véhicules, car il faut garder à l’esprit que la valeur d’aujourd’hui fait la valeur de demain. La finesse de nos analyses dépend de multiples hypothèses que nous posons et challengeons en permanence pour prévoir la valeur des véhicules à long terme. Un travail délicat qui repose à 60% sur notre algorithme et à 40% sur les hypothèses de nos analystes. Par ailleurs, nous organisons des Comités VR (pour Valeur Résiduelle), avec les constructeurs. Notre vision du métier de coteur, est d’être l’observateur le plus attentif et méticuleux du marché et non de l’influencer. 

Quelles sont les tendances actuellement observées sur le marché : avant/après Covid, à quoi faudra-t-il s’attendre en tant que gestionnaire de parc, quel impact sur le TCO ?

La crise sanitaire a particulièrement affecté le marché de la location courte durée. Si bien que les loueurs vont être amenés à remettre sur le marché un important volume de véhicules. Une situation qui va créer davantage d’offre que de demande et risque bien de dégrader les valeurs résiduelles à 12 mois. On estime à 400 000 le nombre de véhicules d’occasion actuellement en stock. Les gestionnaires de parc de leur côté, ont tendance à reporter leur projet. Cela va se traduire par un certain attentisme, mais il ne faut pas s’y tromper. La COVID-19 n’a fait qu’accentuer une situation déjà bien installée du fait du manque de visibilité sur la fiscalité et la taxation des flottes. 

Quelle vision avez-vous du TCO des motorisations électriques et hybrides dans un contexte de verdissement des flottes d’entreprise ?

Je pense que le recours aux énergies alternatives doit d’abord répondre à un usage et un besoin précis. Le dogme du tout-électrique est un non-sens. Si l’entreprise compte une majorité de gros rouleurs, les motorisations thermiques continueront d’apporter le meilleur TCO. Plus que jamais, nous vivons une ère de panachage énergétique des parcs. Le verdissement de la flotte est une nécessité, notamment avec l’entrée en vigueur de la loi LOM, mais cette marche forcée créé un marché du véhicule neuf décorrélé du marché du véhicule d’occasion. Cela risque forcément de poser un problème à terme car les valeurs résiduelles des véhicules électriques seront considérablement affectées par la situation. Si l’augmentation des bonus est un élément positif d’un point de vue acheteurs de véhicules neufs, cela va avoir un impact négatif sur les valeurs résiduelles, notamment à 12 mois, puisqu’un véhicule d’occasion doit forcément être moins cher qu’un neuf.

Quelle lecture faites-vous des valeurs résiduelles des marques asiatiques, coréennes ou plus précisément de Hyundai par exemple ?

La force des constructeurs coréens et notamment de Hyundai, passe notamment par l’attractivité des gammes. Ces véhicules sont souvent économiques, leur design séduit un large public. Cela induit, sur le marché de l’occasion, une demande plus forte que l’offre. Une tendance qui soutient les valeurs résiduelles. L’autre atout, c’est un mix des ventes favorable au maintien des VR dans le temps, à savoir une prépondérance des ventes à particuliers. Cet aspect est crucial dans la tenue des VR ! Si l’on observe le cas Hyundai plus spécifiquement, la marque a su s’imposer en tant que constructeur de SUV, mais pas seulement. Il existe une vraie clientèle sur l’ensemble des gammes et comme les prix du neuf ne sont pas bradés, les valeurs résiduelles restent fortes. Le renouvellement des gammes et surtout l’ouverture à l’ensemble des motorisations sont également deux atouts éminents !